ULVER – Shadows of the Sun (2007)

Posté par Tron le 22 juin 2009 dans Electro Ambient | Vu 166 fois

Ulver_shadowsofthesun_cover_largeUlver est un groupe fascinant. Tout comme l’on pourrait s’étonner de la maturité d’une personne douée d’une grande expérience de la vie, on se retrouve face à un groupe sachant insuffler une flamme d’émotion en 2 notes, riche d’une justesse et d’une expression artistiques hors du commun.

Ceci est surement du aux nombreux chemins musicaux empruntés par ce groupe Norvégien au fil du temps. En effet, si l’album objet de cette chronique est plutôt dans une veine ambiante/électronique, il n’en a pas été toujours de mise avec des albums plus anciens versant dans le Black-Metal le plus traditionaliste ou encore dans le Folk avec voix claires. Ce n’est qu’avec « The marriage of heaven and hell » et un concept album mettant en musique des vers de William Blake qu’Ulver a commencé à s’aventurer dans cette voie des ambiances électroniques, véritable ouverture d’un univers musical propre marqué par une constante remise en cause des bases acquises, pour le plus grand bonheur de l’auditeur. Ulver a ce coté atypique dans sa nature même et cette propension à se diversifier avec autant de talent que d’ambition.

L’album objet de cette chronique s’appelle « Shadows of The Sun ». Il a été composé en 2007 et parachève d’une façon magistrale l’ère Electro/Ambiant du groupe. Respectant cette tradition novatrice du genre, cette œuvre recueille malgré tout une somme d’instruments acoustiques tels des violons et violoncelles, un Theremin venant également apporter sa touche particulière à l’ensemble. Les voix suivent ce coté solennel en se révélant subtiles voire chuchotées. Le visuel ayant toujours joué un rôle prépondérant dans Ulver, force est de constater que la pochette introduit à merveille le coté atypique et mystérieux du groupe.

Etudions ensemble cette pièce, morceau par morceau.

« Eos » (5min 05 sec) est une parfaite introduction à l’album. Dès les premières secondes de musique, tout porte à croire qu’Ulver est bel est bien de retour avec cette patte si particulière. Le clavier, à son apogée après quelques instants de fondu, s’approche et repart sous forme de trémolo pour former cette toile de fond sur laquelle se posera la voix magistrale de Kristoffer G. Rygg. Les voix alternent entre envolées avec chœurs en harmonie et chuchotements plus solennels. Les violons viennent renforcer la mélancolie de l’ensemble et servent de base mélodique à une partie chantée ou la voix, cette fois modifiée, apparaît en filigrane. Ainsi s’éteint cette introduction qui se révèle être un croisement harmonieux entre une partie instrumentale en avant et une partie chantée qui s’achève avec un grain quasi religieux. Note : 5/5

« All the Love » (3min 42sec) continue sur la lancée de l’introduction avec un chant subtil venant renforcer les changements d’accords, obtenus par un son rappelant l’alchimie entre plusieurs voix à l’unisson. L’ensemble, très théâtral et solennel à la fois, s’articule désormais sur une batterie légèrement en retrait, une basse en avant et un nombre certain d’effets de style électroniques. Musicalement, ce morceau est extrêmement riche et il devient difficile de dissocier le travail fait par chacune des sonorités tant le rendu final est dense et majestueux. Le piano joue un rôle prépondérant dans ce morceau en formant la mélodie la plus en avant lors du dernier tiers. Cette tendance se confirme d’ailleurs à l’écoute du titre suivant qui s’impose en tant que continuité de celui-ci. Il n’est pas rare chez Ulver d’observer des frontières inexistantes entre les morceaux d’un album, loin du format pré pensé d’albums que je qualifierai de « jetables »…Note : 5/5

« Like music » (3 min 30 sec) continue donc sur cette lancée du piano accompagné par un violon aérien. La voix principale est très posée, très claire et l’on se surprend à entendre la prise de respiration ou la chute vocale d’un phrasé. Ceci renforce une fois de plus le coté solennel de l’ensemble avec une musique paraissant murmurée à l’oreille de l’auditeur. On devine à l’écoute de cette mélodie la force du message, sans pour autant que l’oreille soit guidée par une quelconque rythmique (batterie) : du pur ambiant. Etonnamment, cette première partie s’achève avec un « it’s faded » du chanteur pour repartir sur une 2ème partie différente et plus inquiétante introduite par des violons et violoncelles. Des sons biscornus n’étant pas sans rappeler les manipulations de guitare d’un David Gilmour sur « Echoes » dépeignent un tableau plus sombre, plus dissonant et saisissant. Cette composition a un double visage, et l’on a qu’une seule idée en tête : découvrir la suite. Note : 3/5

« Vigil » (4 min 27 sec) se charge de cette suite. Ulver part encore sur une piste différente pour l’introduction avec un son rappelant quelque peu des parasites électroniques sur lesquels vient se greffer le même piano ayant dirigé la mélodie jusqu’alors. Le chant est cette fois chuchoté et l’on devine le Theremin en arrière plan, cet instrument fascinant sur lequel les sons les plus invraisemblables sont obtenus. Comme une respiration, ce morceau comporte plusieurs mouvements, tantôt aérien tantôt inquiétant, la transition s’opère via une envolée des voix vers une partie jusqu’alors inconnue dans cet album. Un sustain de guitare électrique modifié jète son froid à peine dilué par une nappe de claviers. Le son obtenu est quasi monocorde mais se prolonge avec des arrangements de toute part habillant la dernière (grosse) minute du morceau de la plus belle manière. Balance de gauche à droite, claviers à l’octave, mélodies en arrière-fond sont au menu instrumental pour achever ce morceau en forme d’apothéose. Note : 4/5

« Shadows of the Sun » (4 min 35 sec) débute sur un fond sonore rappelant l’univers de certains albums de Dead Can Dance, avec une nappe monocorde enrichie successivement de plusieurs effets de style. Encore une fois, la voix de Rygg est toute en nuances et un court texte sert de préambule à une magnifique partie instrumentale mettant en œuvre tout le génie du piano et de la programmation. Ce passage instrumental invite la batterie qui fait son retour sur l’album, encore une fois d’une façon très subtile. Cependant, ne vous attendez pas à un rythme binaire facile d’accès, les roulements de toms et de cuivres sont légion et aucun fil directeur à proprement dit ne sera suivi, à l’image des samples chaotiques refermant mystérieusement ce morceau. Note : 4/5

« Let the children go » (3 min 50 sec) aurait bien pu figurer en tant qu’introduction à l’album. Des nappes de claviers aériennes à la manière de chants de sirènes, des arrangements extrêmement riches arrivant en fondu, une mélodie se formant par succession de couches arrivant les unes après les autres et une voix remaniée avec un Delay important : on devine un ciel chargé chez les Norvégiens. Ce maelstrom d’ambiances est ponctué de diverses sortes de percussions et d’une voix perçant les ténèbres de part son élévation dans les aigus…on croit distinguer une flute de ci, des toms martiaux par là, on devine en fait les différentes couleurs de ce tableau fort bien amené. 4/5

« Solitude » (3 min 53 sec) est un morceau dont la structure est plus classique que les autres titres, et pour cause, celui-ci a été composé par la cinglante équipe de Black Sabbath… La basse joue le rôle de fil directeur dans cette mélodie, avec toujours ce travail omniprésent de la programmation et cette voix doublée à l’octave supérieure surélevant l’ensemble. Des trompettes dissonantes ainsi que divers sons d’instruments à vent viennent ponctuer cette histoire qui rappelle un peu le « Planet Caravan » du même Sabbath qui avait été repris par Pantera avec ce coté ambiant à fleur de peau. Le titre s’achève par des simples accords de guitare enrichit d’écho, le tableau dépeint ici se dilue progressivement. Note : 3/5

« Funebre » (4 min 26 sec) débute avec une sonorité grave en va et vient. La voix débute en même temps que la mélodie directrice au piano, comme c’est souvent le cas dans cet album d’ailleurs. La scène est plantée, et autour d’elle déambulent les organes sonores « Ulveriens » habituels (programmation ; samples retravaillés …) pour former le corps du morceau. A chaque fois que l’auteur souhaite simplifier son message, avoir un lien plus direct, il repasse en piano qui jouera à cache-cache avec le reste des sons. La voix du chanteur, peut être par son coté ponctuel (très peu de paroles dans ce titre) frappe comme la foudre à chaque apparition. Peut-être est ce là le meilleur moyen de marquer les esprits : briller par son absence pour mieux se mettre en avant au moment voulu. Note : 4/5

« What happened » (6 min 25) referme cette œuvre des Norvégiens d’Ulver. La recette désormais bien connue du sample en « tremolo » (mouvement de vagues, le groupe joue sur l’intensité sonore des sons) introduit ce morceau, et encore une fois, le coté solennel refait surface avec le chant et le piano. L’ensemble semble sombre, résigné, désespéré, mais c’est terriblement beau et prenant. Les 2 premières minutes plantent ce décor fait de noirceur et d’inquiétude, puis les violons, magnifiquement introduits par la beauté de cette voix, prennent de la hauteur pour survoler cet amas de tristesse. On distingue par la même quelques notes du thème d’introduction, et l’on se dit que rien, non rien dans ce groupe n’est illogique: c’est de l’Art à l’état pur. La montée des violons prend aux tripes et se prolonge jusqu’à la fin du morceau. Note : 5/5

Vous l’aurez aisément compris, Shadows of the Sun n’est pas un album de fête, et d’ailleurs je ne pense chroniquer aucun album dans ce gout là. Cependant, il s’agit là d’un des plus beaux voyages dans l’univers émotionnel de la musique qu’il m’ait été donné de faire. Tout dans cette œuvre renvoie à des émotions, qu’il s’agisse de noirceur, de tristesse, de colère entremêlées d’espoir et d’amour. Les musiciens géniaux d’Ulver ont su se remettre en cause tout au long de leur carrière pour proposer la substantifique moelle de leur Art. Shadows of the Sun s’affirme comme une pierre angulaire du genre, si tenté que l’on puisse restreindre le périmètre de ce groupe à une dénomination commerciale…

Note finale de l’album : 4/5

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