Casque Bowers & Wilkins (B&W) P5
J’ai renoncé depuis longtemps à publier sous quelque forme que ce soit des tests ou avis sur les casques que je possède pour une raison simple : je ne suis quasiment jamais d’accord avec ce que je peux lire ou entendre ici où là, et en particulier sur internet et ses forums spécialisés ! Question d’oreille ou d’attente différentes, je me suis souvent fié aux avis glanés sur la toile ou dans la presse pour mes acquisitions, et n’ai jamais, ou presque, été en accord avec ce qui avait été énoncé.
Il faut dire que le choix d’un casque, de par l’infinité des critères que l’on introduit dans l’équation, est un véritable parcours d’aventure. Alors pourquoi vouloir à mon tour publier une opinion que je vous inciterai, au final, à ne surtout pas suivre sans vous faire votre propre idée ? Tout simplement parce que ce casque là est une intrigue, que les critiques qui en sont faites sont tout à fait contradictoires et étonnantes, et que je tiens absolument à donner, moi aussi, un avis contradictoire.
En effet, vendu au prix de 299€, il est encensé par la plupart des articles de presse et dans les tests publiés par les sites institutionnels (voir liens en bas de pages), tout comme il est conspué sur beaucoup de forums spécialisés, notamment sur le célèbre Head-Fi. Etant amateur des enceintes B&W (j’en possède une paire d’entrée de gamme dont je suis plus que satisfait), j’avais du mal à me dire que ce fabricant pouvait avoir raté un équipement à ce point, mais d’un autre côté, les avis négatifs quasi-unanimes récoltés ici où là on fait naître le doute.
Il est clair que lorsque l’on est prêt à dépenser 300€ pour un casque, le choix est large, et certains ténors se partagent le marché. J’ai possédé énormément de modèles différents, souvent rendus ou revendus et rarement conservés, pour finalement détenir dans la durée un Sennheiser HD600 (technologie ouverte, circum-aural) qui me procure la transparence et la clarté que j’aime lorsque j’écoute de la musique dans mon canapé, sans bruits extérieurs et qui offre une grande polyvalence, un Grado sr80i avec des pads « bowls» (j’ai possédé toute la gamme Prestige du 60 au 325, pour ne finalement conserver que le 80) qui se révèle très plaisant pour le Jazz et toutes les musiques acoustiques en général, moins polyvalent que le HD600, car très porté sur le haut du spectre ce qui le rend parfois difficile sur certains enregistrement, et un Audio-Technica ES7 que j’utilise parfois en mode nomade, au bureau, et qui est globalement très bon partout… Sans être excellent nulle part.
Lorsque je me déplace dans les transports, j’utilise, selon les jours, un Sennheiser PX200 II, une paire d’intras Ultimate Ears 700 Noise, des intras Shure divers et jamais conservés très longtemps (je pense que je déteste les intras Shure), plus quelques autres modèles au fur et à mesure de leurs sorties, impossible d’en tenir une liste exhaustive, mais aucun ne me satisfait pleinement, soit parce qu’ils n’isolent pas suffisamment, soit parce que l’équilibre tonal ne me convient pas, en particulier sur la tenu du registre medium grave et grave, souvent beaucoup trop généreux à mon goût (j’ai une sainte horreur des casques dit « basshead» pourtant très à la mode). C’est donc une affaire de compromis.
L’im
age véhiculé par ce P5, diffusé dans les Fnac et les Apple Store est donc fortement liée à celle des iPods et des iPhones, à savoir d’être un objet abusivement cher, « qui ne vaut pas son prix, mais qui séduira certainement les bobos et autres gogos» prêt à acheter n’importe quoi pourvu que ce soit « in» … Pour ma part, je considère que les iPods, sans être les meilleurs baladeurs du marché, ne sont certainement pas non plus les plus mauvais (à l’exception du Classic 6th génération que l’on trouve actuellement qui est absolument épouvantable), et je m’insurge contre la vague anti-Apple qui sévit parfois tout autant que contre les fanboys qui jurent que tout ce qui est Apple est merveilleux. Il y a des iPods corrects, il y a des iPods médiocres, mais in fine, beaucoup de gens les utilisent, et qu’on le veuille ou non, il faut compter avec. C’est donc assez logique que B&W oriente son plan marketing en ce sens puisque la vocation du P5 est d’être nomade (d’ailleurs, un câble avec un micro est une télécommande est fourni, mais je n’en parlerai pas, ceci n’ayant aucun intérêt pour le propos musical qui m’intéresse ici).
Bref, poussé par la curiosité, je suis donc allé acheter cet obscur objet du désir pour me faire ma propre idée. Et, après une semaine d’utilisation, voici ce que j’en pense.
En terme de construction et d’esthétisme, je rejoins les avis tous unanimes ou presque : c’est superbe. L’assemblage est exemplaire, le métal et le cuir se marient à merveille, rien ne dépasse, pas un morceau de plastique n’est impliqué dans la construction des pièces mobiles, c’est devenu rare de nos jours de posséder un appareil aussi bien fini. Même en cherchant bien, je n’ai trouvé aucun jeu dans les articulations, aucun défaut d’ajustement. Nous sommes bien loin de Grado et de ses plastiques, de Sennheiser, Beyer Dynamic ou AKG pour ne citer qu’eux (et j’occulte volontairement Bose dont les casques n’ont strictement rien à faire dans un propos concernant de près ou de loin la musique selon moi). C’est un sans faute, quasiment une œuvre d’art et aucun concurrent ne peut, à mes yeux, rivaliser sur ce point. Si j’attache de l’importance à cet aspect, c’est parce qu’au delà de l’esthétisme, un casque nomade se doit d’être solide, et c’est ici le cas.
Le confort est selon moi exceptionnel, pour un casque supra-aural. Bien évidemment, les coussinets qui appuient sur les oreilles sont un peu fatiguant à terme, mais restent très supportable, et l’arceau en cuir généreusement rembourré ne se fait jamais sentir. La légère pression ressentie dans la durée est le prix à payer pour une isolation que l’on espère efficace, et je préfère cela à la sensation des intras-auriculaires biens plus irritants.
Venons-en au vif du sujet : la signature sonore. Je précise que j’utilise comme baladeur quotidien, un Samsung P3 avec des fichiers FLAC, et parfois mon iPhone avec des fichiers AAC 320 Kbs. Je n’ai rien contre l’iPhone (3GS dans mon cas) ou les iPods (à l’exception du dernier classic), mais le Samsung délivre un signal plus propre et il a ma préférence.
Lors de la première utilisation, j’ai immédiatement apprécié un médium aiguë somptueux (habituel chez B&W), mais également noté un médium grave un peu (trop) généreux, voir carrément abusif sur certains morceaux lorsque le grave est mixé en avant dans la scène. L’ensemble m’a semblé manquer de précision, sans être franchement désagréable pour autant, bref impression mitigée, et plutôt conforme à ce que j’avais pu lire de la part des détracteurs, à savoir une sonorité étouffée et confuse, et une chaleur excessive liée à un grave imprécis. Qu’à cela ne tienne, étant souvent à contre courant des idées reçues, je crois au rodage. J’ai possédé suffisamment de casques différents dans ma vie pour m’être fait ma propre opinion sur cette question, à savoir que l’équilibre tonal évolue dans le temps, et que ce n’est pas qu’une affaire d’adaptation de l’oreille.
Bref, je décide de passer outre ce premier avis mitigé, parce que le médium aigu me passionne, et que je ne peux toujours pas imaginer que B&W ait fait un casque pour « basshead» … Donc je mets le précieux en rodage lorsque je ne l’utilise pas.
Au bout d’une vingtaine d’heure, la donne a radicalement changée : le médium aiguë est toujours superbe, mais le grave à gagné en précision, les basses électriques ronronnent au lieu de se répandre, la scène s’est ouverte (mais reste inférieur, et de très loin à celle du HD600, technologie ouverte oblige). L’équilibre enfin, est bien meilleur.
Sur la musique classique que j’aime particulièrement, à savoir le piano (pour le test, Partitas de Bach, Préludes de Rachmaninov) et le violoncelle (Suites de Bach, pièces de Vivaldi, Geminiani), je vais être extrême : c’est superbe. Le grain des instruments est exemplaire, il n’y a aucune distorsion, les harmoniques sont présentes, l’ensemble est tendu et soutenu, tout est à sa place, difficile d’arrêter l’écoute tant le résultat est envoûtant. Même mon HD600 que j’aime pourtant énormément n’est pas aussi musical, mail il conserve pour lui l’avantage d’une spatialité bien plus grande.
Pour le Jazz, essai gagnant également, les formations (Petrucciani, Diana Krall, Charlie Hadden, Yaron Herman Trio, Jacques Loussier) sonnent juste, l’équilibre me semble impeccable, l’écoute est chaleureuse mais précise, les instruments et les voix vivent, c’est de la musique, j’aime. Profondément. Pourtant, le HD600, toujours lui, brille par son sens du détail et sa faculté à séparer les instruments, ce que peine un peu à faire le P5 en comparaison, mais la musicalité et la fluidité ne déméritent pas.
Le rock est également satisfaisant mais moins spectaculaire (Dire Straits, Al Stewart, Pink Floyd, Rome, Anathema). La magie opère, mais la complexité des morceaux souffrent un peu de la spatialité limitée propre aux casques fermés.
Au final, vous l’aurez compris, je m’inscris totalement en faux vis à vis des commentaires qui ont pu pleuvoir sur ce merveilleux appareil, simplement parce que je pense qu’une écoute de 10 minutes dans un Apple Store avec des sources douteuses et sur un exemplaire pas forcément bien rôdé n’est absolument pas représentatif. Une vingtaine d’heure de fonctionnement semblent être un minimum pour commencer à deviner la vraie personnalité sonore, personnalité on ne plus séduisante pour le classique, le jazz et toutes les musiques qui font la part belle aux instruments acoustiques. Moins à l’aise sur le pop/rock plus ou moins bien enregistré, il s’en sort en revanche plus que bien sur la musique électronique correctement captée.
Vaut-il ses 300€ ? Au risque d’être le seul à oser le dire… OUI. Je suis d’ailleurs étonné de la levée de bouclier en ce qui concerne son prix que l’on attribue au nom gravé dessus plus qu’a ses qualités intrinsèques, car nous avons là un objet réalisé avec un soin que nous ne sommes plus habitués à voir, avec des matériaux d’excellente qualité, je le répète. En comparaison, un PX200 II vendu 70€, tout en plastique me semble proportionnellement bien plus cher…
Alors faut-il se ruer sur le P5, est-il le casque ultime ? B&W révolutionne t-il le marché comme il le prétend ? Oui et non… Si vous êtes amateur de musique classique et/ou de jazz, world, que vous soignez vos sources et que vous cherchez un casque isolant pour un usage nomade, terrain de chasse habituel des intra-auriculaires, avec un rendu sonore exceptionnel, une tessiture qui fait la part belle à la musique plus qu’à l’analyse, sans pour autant manquer de précision, et une isolation exemplaire en regard du confort excellent, nul doute que vous devriez jeter une oreille attentive. Si en revanche, vous êtes plus attiré vers le rock moins rigoureux (pas forcément moins bon musicalement parlant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !), il y a fort à parier que d’autres modèles, sauront vous en donner plus pour le même prix… Mais considérez le tout de même.
Pour conclure, je dirai que, OUI, j’aime mon P5, et qu’il est hors de question que je m’en sépare car c’est, à ce jour, et compte-tenu de mes goûts, ce que j’ai entendu de meilleur en terme de casque fermé, dans cette gamme de prix. J’insiste également sur le fait de ne pas croire sans retenue les rumeurs qui commencent à se répandre sur la toile concernant un éventuel son étouffé, c’est faux ! On peut aimer ou non le P5, il appartiendra à chacun de juger, mais il n’a pas un son étouffé, pour autant que l’on ait pris de le temps de le laisser « s’ouvrir » et qu’on ne le juge pas à la sortie du carton, l’équilibre global est exemplaire à l’usage.
Je ne saurai que trop vous recommander d’en faire l’acquisition auprès d’une enseigne avec une politique de retour efficace (autrement dit, pas la FNAC qui ne reprend plus les casques). Mais attention… Vous risquez d’aimer ! N’oubliez pas : RODAGE (appelez-çà autrement si le terme « rodage» vous déplait) D’AU MOINS UNE VINGTAINE D’HEURE ABSOLUMENT INDISPENSABLE !
Coup de coeur Ofizzzzz