La platine vinyle Pro-Ject Debut III
Pourquoi j’ai porté mon choix sur ce modèle
Dans la démarche consistant à acquérir du matériel audio de bonne qualité, sans me ruiner, et fidèle défenseur du principe selon lequel on peut offrir à la musique la place Ô combien importante qu’elle mérite, sans s’endetter sur 3 générations, le choix d’une platine vinyle pour remplacer ma vieillissante Gemini XL-400 (offerte à un anniversaire il y a plus de 10 ans, et qui n’a pas démérité durant toutes ces années, mais qui est tout sauf audiophile) était plus complexe qu’il n’y parait. Sur ce marché, un rapide coup d’œil permet d’identifier que l’amplitude de prix entre les différents modèles peut-être très importante, allant de moins d’une centaine d’euros pour les modèles les plus simples, à plusieurs milliers d’euros pour les marques les plus prestigieuses. Si j’avais clairement arrêté ma décision sur le fait d’opter pour un modèle « audiophile» et non « Dj» , je n’étais pas certain de la meilleure démarche à suivre, (la barre fatidique des 500€ pour envisager l’achat d’une Réga Planar 2 neuve, voir 3 d’occasion, m’étant difficilement accessible), pour offrir à mon petit ampli intégré Microméga A80, et à ma paire d’enceintes Triangle Titus ES, la compagnie agréable et cohérente d’un nouvel élément analogique à budget raisonnable.
Après avoir longuement parcouru le web, deux modèles ont retenus mon attention : la Pro-Ject Debut III, et la Pro-Ject RPM 1. Pro-ject est bien distribué en France, et semble avoir relativement bonne presse. Respectivement au prix de 249€ et 269€, la différence résidait essentiellement dans le moteur externe de la RPM 1 vs la structure classique et monobloc de la Debut III, et une cellule différente.
J’ai donc finalement, après une longue hésitation, opté pour la Debut III, en ayant le sentiment que, dans cette gamme de prix, une platine de conception « classique» avait plus de chance d’être satisfaisante qu’un modèle plus « exotique» . La RPM 1, en dépit de toutes les bonnes critiques que j’ai pu lire, m’a finalement semblé vouloir « faire comme les grandes» (RPM 5 et RPM 9.1 notamment) mais pour beaucoup moins cher. De plus, la cellule fournie en standard avec la Debut III (Ortofon OM-5E), bien que d’entrée de gamme, était assez connue, tandis que celle livrée avec le RPM 1 (Ortofon Alpha) était un modèle soit-disant « Créée en partenariat avec Pro-Ject» , mais sur laquelle je n’ai pas trouvé beaucoup de retours. La prudence (peut-être mal placée), plus un problème de stock pour la RPM 1 sur Paris et sa région, m’ont donc poussés vers la Debut III avec l’arrière pensée : « je verrai bien, à ce prix là, de toute façon, ce n’est pas pour la vie…» .
Emballage et conditionnement
La platine est livrée démontée dans un carton facilement transportable. L’ensemble pèse 7 kg, et j’ai pu, sans mal, la ramener chez moi par les transports en commun. A l’ouverture du carton, j’ai pu constater que les différentes pièces étaient bien protégées et que l’agencement géneral du contenu avait été pensé pour permettre un transport en toute sécurité, premier point positif. J’ai donc extrait les différents composants, et entamé la lecture de la documentation (indispensable !).
Assemblage et mise en route
La notice, disponible en plusieurs langues, présente quelques schéma sommaires, et une explication textuelle décrivant les différentes étapes à suivre. L’ensemble est, je dois le dire, assez peu clair. Non pas que l’opération en tant que telle soit compliquée, mais la description et la pagination du document, fidèle à une tradition hélas souvent perpétuée par les produits à vocation audiophile, laisse à penser le contraire. Une première lecture d’ensemble permet d’isoler les paragraphes utiles de ceux qui ne le sont pas (parce qu’ils concernent par exemple la mise en place et le réglage d’une cellule différente de celle montée d’origine).
Abstraction faite de la forme peu engageante du texte, les opérations se révèlent simples à effectuer, ne laissant que peu de place au doute, et l’on peut dire que là encore, la démarche du constructeur est bien menée. Il m’a fallu environ 20 minutes, en comptant le temps requis pour effectuer un premier équilibrage sommaire du bras, pour que la platine soit prête à fonctionner.
Lors de l’assemblage, j’ai été frappé par l’aspect un peu « cheap» de la plupart des pièces. Le bois du socle m’a fait penser à une étagère Ikéa tandis que les pieds sont des patins de caoutchouc de piètre qualité, clairement. Le plateau est fait de métal creux assez mal usiné, et la palme d’or revient à la feutrine destiné à le recouvrir, car sa finesse devrait permettre, par temps clair, de voir à travers ! La mécanique du bras m’a semblé de meilleure facture, mais très rustique malgré tout. Arrivé à ce stade, je dois confesser que j’ai ressenti une certaine inquiétude sur le bien fondé de mon investissement.
Le cellule pré-montée, une Ortofon OM-5E donc, semblait bien ajustée. Vendue séparément au prix de 35€, autant dire que je ne nourrissais pas un espoir énorme quant à sa qualité intrinsèque. J’avais par ailleurs lu ici ou là (mais principalement sur des sites marchands, aucun retours d’utilisateurs) que l’Ortofon Alpha livrée avec la RPM 1 était meilleure. Quoiqu’il en soit, je reste convaincu qu’un upgrade vers un modèle même légèrement supérieur ne pourrait être que bénéfique.
Le bras et le mécanisme qui le gère m’ont semblé bien conçu, et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en observant le mécanisme destinée à « fixer» (c’est un bien grand mot), le fil qui soutient le petit poids destiné à l’anti-skating ! Les gens de chez Pro-ject ont eu la bonté de réaliser, en usine, la boucle destiné à venir se loger sur la petite tige prévue à cet effet, qu’ils e
n soient remercié tant l’opération aurait été fastidieuse !
le câble de modulation permettant de relier l’appareil à l’ampli est de type « doré» , mais semble confirmer l’adage selon lequel tout ce qui brille n’est pas de l’or, néanmoins, il semble remplir sa fonction sans avoir à s’en préoccuper. A noter qu’il est intégré dans le corps de la platine. Son remplacement éventuel nécessitera donc un démontage du socle, et une soudure. Cette opération qui n’est pas nécessairement très compliquée à réaliser, peut souvent s’avérer intéressante en terme de gain.
Le bloc d’alimentation est fixé sous le socle, à l’arrière, et ne présente aucun signes particulier. La connectique est basique, et conforme à l’impression ressentie jusqu’à présent.
Au final, la qualité globale n’est ni bonne ni mauvaise, elle est conforme au prix, reste à voir ce que cela donne en terme d’écoute car c’est bien là l’essentiel !
Tests d’écoute
J’ai volontairement débuté par un disque dont j’étais à peu près certain de connaître la sonorité, et que je possédais également en CD afin d’effectuer une comparaison objective : « Fantaisie Militaire» d’Alain bashung (RIP). Après avoir déposé le disque sur la feuille de papier à cigarette feutrine, j’ai lancé la rotation du plateau grâce à l’interrupteur situé sous le côté avant gauche du socle, et j’ai fait descendre le bras à l’aide du levier prévu à cet effet, observant, point positif, l’atterrissage en douceur du diamant sur le disque.
Dès le début du morceau, j’ai été surpris par l’image stéréo très aérée. Tout au long de l’album, j’ai entendu des timbres propres et neutres. Parfaitement équilibré, le résultat m’a surpris, je l’avoue, à cause de ma première impression plutôt moyenne sur la qualité des matériaux. Objectivement, je n’ai pas pu reprocher grand chose au résultat. J’ai poussé le test en procédant de nouveau à l’écoute de la même face, le CD lancé en parallèle avec quelques secondes de décalage. Cela m’a permis de comparer les passages en temps réel.
J’ai noté à nouveau que le rendu stéréophonique était largement à l’avantage du vinyle, beaucoup plus « ouvert» et « spacieux» , mais c’est un phénomène classique avec ce type de support. La dynamique globale était également bien meilleure, et le « grain» du son vinyle était bel et bien là. Le registre grave était bien respecté et maîtrisé (meilleur que le CD, mais là encore, c’est classique). En revanche, quelques passages aiguës, notamment ceux avec des sonorités chantées de type « s» ou « f» on eut du mal à être tenus correctement, tombant même dans de rares cas à la limité du « chouinement» . Sur ce point, je suis tenté d’incriminer la cellule plus que la platine en elle-même, car c’est bien souvent une faiblesse constatée sur des modèles à faible coût.
Mais cela ne terni en rien les résultats tout à fait honorables, voir plus, de l’ensemble. D’autres tests avec d’autres disques ont donnés des résultats similaires, plus ou moins bons, en fonction de la « difficulté» de l’enregistrement, mais jamais mauvais. La qualité globale a toujours été au moins aussi bonne que les CD (au bémol près du haut du spectre pour les raisons évoquées), ce qui est, à tout le moins, déjà très satisfaisant pour un élément à ce prix !
Tests « plaisir»
En marge de ces tests quasi « techniques» avec CD en parallèle, la conception que j’ai de la musique et du plaisir qu’elle apporte me pousse toujours à tout oublier temporairement, et à laisser parler les émotions. J’ai donc choisi « L’Histoire de Melody Nelson» de Serge Gainsbourg, un de mes disques préférés, pour fermer les yeux et me laisser porter, sans chercher à analyser quoi que ce soit. L’essai a été concluant ! J’ai, malgré moi, retrouvé le petit problème des aiguës un peu crachouillant dans les cas extrêmes, mais à part çà, le plaisir était total ! L’image stéréo était un vrai bonheur, la neutralité des timbres ne vient pas donner une couleur quelconque à l’oeuvre, laissant le soin à l’ampli et aux enceintes de le faire si on le souhaite. Cet aspect est important, car si l’on souhaite une platine qui « signe» les sonorités, il faudra passer son chemin ! Aucun ennui, aucune fatigue, je suis arrivé à la fin du disque totalement ravi. Un essai au casque enfin, un Audio-Technica ATH-ES7, puis un Sennheiser HD 600, a confirmé tout ce que j’ai évoqué précédemment.
Verdict après quelques jours d’utilisation (intensive)
La presse n’a pas menti, cette platine est une bonne affaire. Les articles et revues ne mentionnent à mon avis pas assez le coté « cheap» des matériaux, mais il est vrai que la (bonne) surprise liée aux résultats sonores a tendance à estomper rapidement ce ressenti. Loin devant la plupart des platines bons marchés que l’on trouve dans les réseaux de grande distribution, il s’agit réellement d’un produit à vocation audiophile (la qualité de la restitution du paysage stéréo ainsi que le comportement global en fonctionnement le prouve). Sa dénomination « Debut» est à ce titre trompeur, car s’il est très clair que l’économie a été portée sur la qualité globale et sur la finition, c’est vraisemblablement pour d’avoir pu concentrer le gros des coûts de réalisation dans la partie qui gère la restitution sonore (hormis la cellule). C’est un pari honnête (et réussi) de la part de Pro-ject qui nous livre un produit que sa qualité de conception pourrait classer dans les entrées de gamme, mais dont les qualités sonores contribuent à rendre ambiguë une dénomination aussi péremptoire. Accessible financièrement, cette jolie platine ouvre en grand la porte au plaisir unique de l’écoute des disques analogiques, offrant une base saine et propice à un upgrade de cellule pouvant être effectué à posteriori pour s’affranchir du léger problème de gestion du haut du spectre. Voici donc, pour 249€, le moyen d’accéder sereinement à une autre approche de la musique, plus tactile, nourrie du plaisir de la recherche, de sonorités naturelles, riches et authentiques !
Informations supplémentaires
- Liste de tests réalisés sur l’ensemble de la gamme Pro-ject
- Vidéo YouTube d’aide à l’assemblage de la « Debut III» (en anglais)
- Explications détaillées sur les types de cellules – En bas de page