Pourquoi Ofizzzzz ?

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Le contexte

2008_08_18 compact disc1er octobre 1982 : la première platine CD est vendue au Japon, accompagnée de l’album « 52nd Street»  de Billy Joël.

Ce jour allait, sans le savoir, bouleverser à jamais le monde de la musique.

A grand renfort de marketing, les maisons de disques nous ont expliqué que le CD était l’avenir, oubliant toutefois de faire preuve d’une humilité qui aurait évité bien des déconvenues, et qui aurait simplement consisté sinon à dire, au moins à penser : « Le CD est l’avenir… Jusqu’à ce que nous trouvions, et/ou que nous nous apercevions de ses limites, qu’elles soient techniques ou commerciales…»

Mais l’occasion était trop belle, l’engouement pour le nouveau support, fort convaincant il est vrai, est énorme, et les maisons de production ont profité de cette frénésie pour faire avaler des couleuvres aux auditeurs, en mettant un point « d’honneur»  à rendre disponible le plus rapidement possible la quasi totalité (du moins le croyait-on) de leur catalogue sous ce fameux format « digital». Exit l’esthétisme et la créativité des grandes pochettes, on doit se contenter d’une simple réimpression baveuse du graphisme d’origine, mais finalement, rien n’est plus important que la «pureté»  du son qui est proposé, et qui relègue bien vite les disques vinyles au rang d’objets préhistoriques, parce qu’ils soufflent, parce qu’ils s’usent, et parce que, le numérique, « c’est l’avenir». Tout simplement. La première mutation vient d’avoir lieu : une œuvre phonographique est réduite à la pureté du son. Rien de plus, rien de moins. On ne parle plus de contenant, de collections, de pressages soignés, de musicalité, l’entrée dans le nouveau monde numérique pulvérise tout cela, on veut LE son « digital» , le son pur, sans souffle, sans craquements… Sans vie ?

Pile_De_CD_300Nous avons peu prêté attention aux conséquences de la numérisation massive d’un catalogue d’œuvres existantes. Le CD est le support parfait, et définitif, le message est bien passé. Dès lors, transposer un enregistrement existant sur un support numérique imposait forcément d’y apporter quelque chose de plus. C’est ainsi que les maisons de disques ont, sans scrupules, massacrées bon nombre d’œuvres, en modifiant artificiellement un contenu, certes ancien, mais qui ne souffrait bien souvent d’aucun défaut sauf un peu de souffle par çi, et quelques crachouillements par là, mais qui étaient finalement la preuve que des êtres humains étaient intervenus dans le processus ! La volonté de travestir ces enregistrements à eu des effets de bord parfois terrifiant. On se souviendra par exemple des multiples versions CD des albums des Beatles, tantôt stéréo, tantôt mono, mais presque toujours mauvaises à cause de la volonté de « rajeunir»  le son, lui faisant du même coup perdre sa signature et son âme, mais permettant de vendre toujours plus de supports.

Ainsi et au fil du temps, a-t-on vu des rééditions de rééditions, sortir dans les bacs, encore et encore. Certains albums se sont vus commercialisés 4 à 5 fois sans aucune autre modification que la dénomination du stickers placé à coté du prix : « version remasterisée», quelque fois agrémenté, il est vrai de morceaux supplémentaires, ou d’interviews. Forcément, 74 minutes, il faut remplir.

En parallèle du portage de ces catalogues anciens, les productions modernes ont très rapidement délaissés le disque vinyle et la cassette audio pour ne plus sortir que sur l’unique support numérique, et la transition fût rapide. Les cassettes audio vierges connurent un sursis, le temps que l’informatique fasse son entrée dans les foyers, et rende possible ce qui allait constituer la deuxième mutation : la copie parfaite. A partir de cet instant, il devenait possible de récupérer le contenu numérique d’un support pour le dupliquer sur  un autre, sans aucune perte de qualité. La cassette vierge venait de pousser son dernier soupir, l’ère 100% numérique était née, et le loup venait d’entrer dans la bergerie.

pirate_drapo_big-300x296L’apogée des baladeurs CD et le coût de plus en plus faible des CDs vierges ont eût vite fait de donner au terme « piratage»  de nouvelles lettres de noblesses. Les copies circulent, les CDs copiés commencent à s’échanger dans la cour des écoles, mais dieu merci, le seul moyen pour l’information d’échapper vraiment à leur propriétaire serait que les ordinateurs communiquent entre eux, et çà, c’est impossible. Toujours est-il que la copie massive, plus les séquelles de la production pléthorique mais éphémère (voir jetable) des années 80 commencent à inquiéter les producteurs. La seule contre attaque devient la multiplicité. Il faut « signer»  toujours plus de nouveaux artistes, il faut augmenter le volume, reproduire, voir amplifier le modèle des années 80, tout en diminuant les coûts de productions» . Mais le système s’essouffle, et la créativité déclinante commence à montrer ses premiers signes. La solution ? Les rééditions bien sûr ! Le CD est mature, et nombre d’enregistrements peuvent encore être « améliorés», donnant lieu à des coffrets, compilations, des « éditions anniversaires remasterisées 24 bits» et autres subterfuges.

Coup du sort, l’apparition du MP3 est à peu près coordonnée avec la démocratisation d’Internet. La copie n’est certes plus parfaite, mais suffisante pour la plupart des usages, et ne nécessite plus d’avoir à investir dans des médias vierges pour être conservée. L’augmentation des espaces de stockages personnelles  accompagnée d’une baisse de coût venait d’ouvrir les portes à l’ancêtre du concept de média center. La troisième mutation était accomplie : la copie quasi-parfaite (en tout cas suffisante dans le contexte d’utilisation) et la conservation des œuvres devient non seulement possible mais aussi gratuite et diffusable à l’infini.

p2p-cooperation-id5561121_size480La quatrième mutation sera liée à l’avènement du P2P, Napster, eMule, eDonkey, Bittorent, etc etc… Ces sujets sont proches de nous, il n’est pas utile de s’y attarder car ils n’ont fait que cristalliser une situation qui était en gestation depuis des années mais dont les vrais responsables sont ceux qui s’en plaignent aujourd’hui ! Le résultat est l’accumulation de milliers de fichiers qui voyagent au gré des échangent et qui sont décharnés de tout ce qui fait l’âme de la musique. Des milliers de fichiers qui traînent sur des disques durs ou des boites de CD à peine identifiés, et qui ne seront jamais écoutés.

Actuellement, les majors, relayés par les médias, nous inondent de productions, mélangeant allégrement l’excellent et le navrant. Ces qualificatifs ne s’appliquent pas à la qualité intrinsèque de l’œuvre artistique qu’il appartient à chacun de juger et d’apprécier, mais bien de la valeur que représente l’acquisition d’un CD. En effet, à la lecture de ce qui précède, on pourrait croire que nous sommes rétrogrades, opposés à toute forme de progrès, et notamment au CD, mais c’est tout l’inverse ! L’avènement de la culture numérique est une chose extraordinaire, et le CD un support, certes vieillissant, et, à notre avis pas totalement fini technologiquement parlant, mais extrêmement pratique, et convenant parfaitement à la plupart des conditions d’écoute. Ce contre quoi nous nous élevons, c’est la piètre qualité de ce qui est mis dessus en terme d’enregistrement et de prise de son, bien souvent au motif que la croyance populaire « c’est du CD donc c’est bien»  a la peau dure ! NON, tout ce qui est CD n’est pas merveilleux !

Pas étonnant donc, que le téléchargement illégal batte des records ! On nous a rabattus les oreilles avec le son digital pendant des années, sans pertes, éternel… Et bien le résultat est là : le son digital se copie et se diffuse à merveille grâce aux médias numériques qui  n’existaient pas à l’époque de la création des supports. Mais si les majors n’avaient pas eux-mêmes créée la boulimie qui leur était si chère tant qu’elle restait sous leur contrôle, le problème serait très certainement différent aujourd’hui.

A présent, le constat est accablant. La révolution numérique a engendré ses propres excès, à l’heure où les artistes sont volés sous l’œil conciliant de tout un pan de l’économie, où les lois (Hadopi ou ses soeurs, passées et à venir) tentent d’exister pour endiguer ce phénomène, sous le regard amusé des pirates et des consommateurs qui savent pertinemment qu’elle ne sera d’aucune utilité, mais qui ne réalisent pas qu’ils engendrent leur propre malheur.

000_Par1988842Car le vrai problème, ce n’est pas de savoir si Hadopi et consort seront ou ne seront pas, la réponse est déjà connue. Le vrai problème, c’est que la production musicale mondiale souffre du téléchargement, non pas à cause du manque à gagner financier comme essaient de nous le faire croire les majors, mais parce que ces même majors tentent de maintenir un système déjà sclérosé en jouant la carte quantitative plutôt que qualitative, et en se disant « si nous vendons moins d’exemplaires de chaque CD, alors multiplions le nombre de références, encore, et encore» , et ce, au détriment de la qualité de réalisation, noyant du même coup les productions intéressantes au milieu d’un océan de produits commerciaux à peine finis. Le consommateur suit, les yeux fermées et les oreilles ouvertes.

1992282345_small_1Alors que reste t-il à la musique ? Que reste t-il aux vrais amoureux ? Comment peut-on endiguer ce phénomène ? Faut-il boycotter les majors et les artistes, ne plus rien acheter et s’arcbouter sur des positions dures ? Faut-il au contraire jouer la carte d’acheter un contenu légal, mais immatériel et dégradé ? Est-cela les progrès promis par la culture numérique : passer du disque vinyle au fichier MP3 altéré mais payant ? Le CD n’aurait donc été qu’une transition… ? Avant, le disque était un support, un packaging, une œuvre, du travail pour les réalisateurs et du plaisir pour les auditeurs. Aujourd’hui c’est un son, altéré, compressé, dépossédé de toute histoire, de tout contexte, comme un livre déchiré, sans couverture et avec des pages effacés. Effectivement, quel progrès !

Pourquoi les chroniques d’Ofizzzzz ?

black_groove1Ce site est né pour proposer une approche alternative afin de (ré)apprendre à aimer la musique, pour rendre aux œuvres la place qu’elles méritent, pour cesser de courir toujours plus vite et plus loin, pour prendre le temps de découvrir, d’apprécier, en étant dans la légalité et en utilisant Internet de manière constructive et non destructive.

Nous souhaitons fédérer toutes les bonnes volontés intéressées par cette démarche créative, pour critiquer et faire découvrir des albums, connus ou non, en prenant le temps de les écouter, et de les considérer comme des objets culturels durables, et plus comme du consommable.

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